24 heures pour briller

Les rayons ardents en plein cœur de cet été me tiraient de mon lit. Un coup rapide à mon réveil : il était onze heures du matin. Je sortis comme une étoile, pris la direction de la douche pour un bain à la marocaine. Je devais être chez ma grande cousine pour une réunion familiale.

Comme à l’accoutumée, les stations de métro ne se désemplissent jamais. Après quelques minutes d’attente, je m’engouffrai avec empressement dans le métro. Coïncidence : j’étais le seul noir dans le métro. J’étais si fier d’arborer cette couleur ébène dont la nature m’avait fait grâce dès la naissance.

Rencontre avec Catherine la benguiste à château rouge

Je décidai de me ravitailler un peu en provisions avant de me rendre à la réunion familiale. Une réunion qui, très souvent, n’avait point d’heure fixe pour la clôture. Dans l’objectif de trouver, en premier, quelques boules d’attiéké, je rencontrai avec grande surprise Catherine une amie benguiste du Cameroun.

Si la joie de la voir en plein « château rouge » (marché africain à Paris) m’envahissait, l’allure de son style vestimentaire retint mon attention. Dans cette chaleur qui nous tétanisait la peau, elle avait la tête voilée telle une musulmane. Une curiosité qui brûlait mes lèvres et cette envie de lui poser des questions pour étancher ma soif. Les salutations d’usage terminées, je demandai à Catherine l’objet de sa présence ici.

Station sortie de métro sur le marché africain"chateau rouge" Paris.
Station sortie de métro sur le marché africain »chateau rouge » Paris. CC : commons.wikimedia.org

Pour réponse, elle me confia être en quête de choses de la gente féminine. Après quelques hésitations, je lui demandai s’il elle s’était convertie à l’Islam. Avec un sourire en coin, elle me répondit par la négation sans oublier de mentionner que j’étais un peu trop curieux avant de poursuivre en ces termes :

-Mon frère, si tu vois ce voile noir sur moi dans cette chaleur, ce n’est pas pour le fait d’une conversion à l’islam, qui d’ailleurs, est une religion que je respecte. C’est simplement que j’ai utilisé une pommade venue du pays qui m’a brûlée une partie du visage. Je suis venue ici justement pour trouver une solution.

« 24h pour briller », la pommade pour éclaicir la peau

Une pommade qui brule une peau ? Non, je me devais d’en savoir davantage afin de prévenir certains de mes proches, dans un monde où le cancer sur toutes ses formes fait ravages.

-Je peux savoir le nom de la pommade pour que mon amie l’évite ?
-« 24h pour briller », c’est le nom de la pommade. Mais j’ai aussi ajouté une l’huile éclaircissante afin d’accélérer le processus de mon éclaircissement. Tu sais parfois les pommades éclaircissantes sans huile ne valent rien.
– Mais Catherine, tu as une très belle peau noire pourquoi la troquer en « clair » ou blanche?

-Mon cher, ne me provoques pas ce midi. Tu dis belle peau noire ? Je suis fatiguée des regards dans ma classe où je suis la seule noire. Fatiguée des regards de mépris comme si le fait d’être noir était un péché.
-Je vois comment l’on se comporte avec les filles métisses ou claires. Elles sont plus acceptées et s’intègrent facilement dans la société. Je suis fatiguée d’entendre « tu es noir, ton teint noir là aussi hein ».

Avoir un teint différent de celui qu’on avait au pays

-Ce sont des paroles qui blessent, pis, lorsqu’elles proviennent de notre communauté résidant en Europe. Et ce n’est pas tout, figures-toi que l’an dernier, lors de mon séjour au pays, toute ma famille n’arrêtait pas de me demander si j’étais vraiment en Europe. Pour la simple raison que mes copines benguistes avaient presque toutes un teint clair. En tout cas, un teint qui était loin de celui qu’elles avaient avant de quitter l’Afrique.

-J’ai tant bien que mal, essayé d’expliquer que ces personnes trouvaient comme prétexte le changement climatique pour se décaper la peau. L’objectif : montrer un changement aux yeux des personnes restées au pays. Moi j’ai besoin d’un autre produit en ce moment afin d’accélérer mon éclaircissement vu que le produit venu du pays a fait un bon effet sauf les plaies sur mon visage. J’ai la chance que dans ce marché, je peux trouver tous les produits éclaircissants du pays et même être conseillée par les vendeuses. Cette année, j’irai au pays, on verra « qui est qui ».

Catherine autrefois une fierté : « le chocolat noir »

J’étais abasourdi d’entendre Catherine une fille si belle et intellectuelle me sortir de tels arguments. Il y a deux ans, elle était enviée dans notre filière pour son teint noir cacao. Certaines blanches l’appelaient même affectueusement « le chocolat noir ». Pouvait-on imaginer qu’au lieu d’un compliment cela était reçut par Catherine comme un poignard ?

Elle n’avait pas tort. C’est dommage et triste lorsqu’on sait le nombre d’européens qui attentent la période de l’été pour se mettre une masse de crème et de s’adonner avec joie aux rayons du soleil juste pour un bronzage. Et pendant ce temps, les « détenteurs » de cette couleur naturelle la rejettent faute d’un manque de confiance en soi. Je décidai de laisser Catherine à la poursuite de ses huiles à vitesse d’éclaircissement en 24 heures pour mes provisions.

Lorsque j’arrivai chez ma sœur, je découvris une revue posée sur la table du salon. Je l’ouvris, et j’aperçu avec beaucoup de joie et d’émotion la célèbre actrice kenyane Lupita Nyong’o égéries de Lancôme. Je rendis, à cet instant, un hommage vibrant à tous ces hommes et ces femmes noirs d’ici et d’ailleurs, qui malgré tout, affirment avec fierté leur appartenance au continent africain à travers leur peau noire.

10 commentaires Ajoutez le votre

  1. Rick_Kof dit :

    Tres beau texte. Tu peins une triste realité d’une certaine categoría d’africain.

    1. Merci très cher, on espère qu’ils réaliseront un jour qu’il faut rester fier de notre peau. Bien à toi 🙂

  2. Nadege dit :

    Je suis dépitée lorsque j’entends les personnes renier leur couleur noire. La peau claire est tellement difficile à entretenir……… pffffffffffffffff
    Merci Benjamin d’avoir mis le doigt sur ce problème

    1. Tes mots pour le dire…merci, surtout pour ta contribution. Bien à toi Nadège 🙂

  3. Brigitte Sianou Patipé dit :

    Comme les uns et les autres sont complexés la peau noire est la plus belle des peaux en tout cas moi j en suis fière mes collègues m envient « black is beautiful » ne dit on pas souvent!

    1. Tout à fait, toute modestie mise à part, notre peau noire est plus belle. Il faut l’affirmer malgré tout ! Merci bien Brigitte 🙂

    2. J’adore ton blog !!! #Entreblogueurs

      1. Merci bien, je kiff le tien. Donc ça reste entre nous hein lol #Entreblogeurs

  4. Benjo Legrand dit :

    C’est ce genre de sujet dont il faut débattre. Parfois on le sait mais on n’ose pas en parler. C’était déjà un pas en avant pour elle, de reconnaître qu’elle avait utilisé un produit nocif pour sa peau. Ceci est un vrai mal africain qui touche toutes les classes sociales et même le hommes.
    Je remercie Benjamin d’avoir ouvert le débat sur ce sujet et j’espère que beaucoup de gens en prendront conscience.

    1. Merci Benjo, c’est un sujet en effet qui mérite d’être au cœur du débat aujourd’hui. Pour notre part : c’est d’en parler, et pourquoi partager autour de nous.

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