Benguiste, attaches-toi à ta culture malgré tout

Rincón de la Victoria, petite commune située dans le sud de l’Espagne n’échappe point à l’attraction des touristes à la recherche du soleil et de la plage. Et j’en faisais partie durant l’été dernier. Au cours de mon séjour, j’ai fait la rencontre de N’Diaye avec qui, nous avons échangé sur l’importance d’un benguiste de rester attacher à sa culture même étant en Europe.

Le passage maritime, lieu d’attraction du benguiste

Si pour les tenants de magasins espagnols, c’est l’occasion d’accroître les chiffres, c’est aussi le cas pour les vendeurs ambulants africains qui abondent les recoins de la cité en quête d’éventuels acheteurs d’objets d’art.

C’est une ambiance bien colorée et ancrée dans les habitudes depuis des lustres dans cette commune. Dès 20 heures, les lumières illuminent le passage maritime et donnent place à un concert de bruit, de cri, de défilés amoureux, d’acheteurs, de curieux, attirés par la diversité des produits proposés.

vue dans la journée sur la plage Rincon de la Victoria avec son célèbre passage maritime animé dans la nuit
Vue dans la journée sur la plage Rincon de la Victoria avec son célèbre passage maritime animé dans la nuit. Crédit: Wikipédia

Mélangé à cette foule, je fis la connaissance de N’diaye, benguiste, sénégalaise de 35 ans, mariée à un de ses compatriotes. Tous les deux sont commerçants au passage maritime de la Rincón. Au cours de notre échange, nous avions abordé plusieurs sujets mais l’un d’eux a plus attiré mon attention.

Parce qu’ils sont nés ici, mes enfants benguistes se prennent pour des Blancs

«  Mon frère, commença-t-elle,  cela fait 15 ans que je n’ai pas remis les pieds au pays. Cette année, je dois rentrer avec mes jumeaux, leur cadette ainsi que mon époux. Comme j’ai hâte d’y aller ! J’ai hâte d’y aller, certes, pour diverses raisons, mais la principale ce sont mes enfants. »

« Vois-tu, parce qu’ils sont nés ici, mes enfants se prennent pour des Blancs. Quand je leur donne certains ordres, ils me boudent en pleine figure. Ils ne savent rien du Coran puisque nous n’avons pas le temps pour le leur enseigner. Ils sont devenus des benguistes »

« Toi-même tu sais qu’ici on ne corrige pas les enfants comme en Afrique; il est interdit de les frapper. Or, l’éducation africaine recommande de châtier correctement l’enfant qui désobéit. C’est d’ailleurs cette éducation que j’ai moi-même reçue. Il en est de même pour leur père. »

le monument de la Renaissance africaine de Dakar (Sénégal) qui nous rappelle notre identité culturelle
Le monument de la Renaissance africaine de Dakar qui nous rappelle notre identité culturelle. Crédit: Wikipédia

« Ce voyage sera un grand souffle dans notre vie familiale, un moyen de leur inculquer la culture africaine. Heureusement grâce à Allah, nous leur avons appris le wolof. Ils le comprennent, mais difficile pour eux de parler régulièrement. »

Qu’en serait-il de nos futurs enfants enfants benguistes ?

Plus, elle parlait,  je prenais peur et j’ai pensé qu’en serait-il de mes enfants, de nos enfants? Moi, un benguiste, qui ai grandi en Afrique sans comprendre mon ethnie maternelle ? Vous me répondrez sûrement que cela se réglera simplement par des voyages au pays.

Mais combien de voyages devront-ils effectuer pour maîtriser une langue que leur propre père ou mère n’arrive même pas à manier ? Combien d’Africains venus « se chercher » dans l’hexagone peuvent s’offrir ce luxe d’envoyer chaque année leurs enfants au pays ? Ne seront-ils pas une génération perdue ?

On peut naître en Europe et maîtriser sa culture d’origine, le cas d’Awa

Au cours de notre échange, j’aperçus une jeune fille s’approcher de Fatou, une benguiste aussi. Elle s’appelait Awa. Cette dernière avait environ 18 ans. De famille d’origine sénégalaise Awa était née à Londres. Après s’être excusées, je laissai les deux femmes échanger dans leur langue d’origine (le wolof) avec les yeux admirateurs. Puis au bout de quelques minutes, Awa prit congé de nous. Fatou et moi continuons notre échange.

«  Tu as vu comment elle s’exprime correctement en Wolof, reprit Fatou ? Pourtant, jamais elle n’a mis les pieds au pays. Awa connaît parfaitement les prières, la tradition sénégalaise et cela grâce à ses parents. C’est cela, que je souhaite pour mes enfants. »

A qui attribuer la faute ?

A ces mots, je suis mis à réfléchir et à me questionner. À qui  pouvait-on  attribuer la faute de notre incapacité à nous exprimer dans nos langues paternelles et/ou maternelles ? Comme dans un miroir, je revis mes compatriotes benguistes désirant s’installer en Europe ou déjà installés à imiter le langage des Européens, adopter leur mode de vie. Pourtant, c’est à peine s’ils pouvaient s’exprimer dans leur propre langue.

L’européanisation à l’africaine, l’exemple de Prisca la benguiste

L’image de Prisca, la benguiste, m’apparut à cet instant précis. Un an, à peine en France, on l’aurait cru née dans ce pays, son seul refrain je « m’européanise » ou je m’intègre. N’allez pas lui demander une prononciation d’un simple « bonjour » dans sa langue maternelle.  Elle vous répondra qu’elle évite ses ressortissants pour une intégration parfaite.

Peur de rencontrer un compatriote, lorsqu’on ne maîtrise pas sa langue

Une fois rentré à la maison, j’expliquai ma conversation d’avec N’diaye, à un ami congolais. Il m’écouta, puis la tête baissée me confia ceci : «  Mon frère, j’ai peur de rencontrer un compatriote congolais en Europe. Lorsqu’il commencera à parler en lingala, je ne pourrai même pas prononcer un seul mot et c’est honteux  ».

« J’ai pris part une fois, continua-t-il,  à la réunion des jeunes de la Diaspora. C’était à Londres. Et tous mes compatriotes y compris leurs enfants s’exprimaient en lingala. Moi, j’étais là silencieux, telle une statue, la bouche totalement fermée avec « mon français « . »

Pour me taquiner, l’un d’eux me lança cette phrase : « Très cher benguiste, nous ne sommes pas ici entre français, attends, une fois sortie de la réunion. Si tu ne sais pas parler lingala, efforce-toi d’apprendre avec nous pendant que tu y es ; que de nous parler ton français. Nous tous, on a fait les bancs ».

« Depuis cette réunion, j’ai vraiment décidé de faire des efforts. Au lieu de perdre mon temps sur les réseaux sociaux à parler de choses inutiles, je profiterai de ce temps pour pratiquer ma langue maternelle. Pour qu’à la prochaine rencontre, je me sente plus intégré et fier d’être congolais ».

rester attaché à sa culture d'origine même étant benguiste
Comme cette ceinture il faut rester attaché à sa culture d’origine même étant benguiste. Crédit: pixabay

Ne jamais oublier d’où l’on vient

Je me suis dit que je n’étais pas le seul dans ce cas. Ma rencontre avec N’diaye la Sénégalaise a fouetté mon orgueil dans tous les sens. Est-il trop tard pour apprendre ? Non, je ne pense pas. J’ai décidé, à l’instar de mon ami congolais, de m’y mettre, car nous portons notre identité culturelle là où nous trouvons.

C’est bien de s’intégrer dans un pays étranger. Mais il est encore mieux de s’attacher à sa culture malgré tout. En clair, ne jamais oublier d’où l’on vient même étant benguiste. Mais à qui la faute ? Cette question continue de hanter mon esprit…

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15 commentaires Ajoutez le votre

  1. Gilbert dit :

    beaucoup s’efforcent a parler le francais mieux que les francais eux meme! et pourtant.
    chez moi on dit « meme si on ne sait pas ou l’on va,il ne faut jamais oubliet d’oú l’on vient.
    c’est important de conserver ses racines
    beau billet cher ami!

    1. Eh oui cher ami, ne jamais oublier d’où l’on vient malgré TOUT ! Merci à toi très cher ami Gilbert d’être une fois de plus. Bien à toi.

  2. renaudoss renaudoss dit :

    C’est sûr que ça représente un sacré défi. D’autant que le cours naturel des choses quand on s’installe en terre étrangère c’est l’assimilation, voire la dissolution dans la culture locale. C’est d’autant plus épineux.

    1. En effet, une question épineuse à prendre à cœur ! On peut naître en Europe et maîtriser sa culture d’origine, comme Awa dans l’article, c’est possible…

      Amitiés, bien à toi Renaudoss !

  3. Eli dit :

    Merci pour ce récit pertinent qui rappelle le malaise de certains africains de la diaspora. Nous sommes bien dans un village planétaire où le brassage culturel est de mise mais il est quand meme important de connaitre ses origines et d’éviter le piège de l’acculturation

    1. Exactement, merci à toi Eli. Un proverbe dit ceci: « L’eau chaude n’oublie jamais qu’elle était froide »

      Cordialement, bien à toi !

  4. djifa nami dit :

    C’est un combat de conscience que bcp dans la diiaspora africaine vivent, moi y compris. A qui la faute? Un peu a notre cadre quotidien qui laisse peu de place a autre chose que ce qui est utile tout de suite dans l’education de nos enfants, et surtout a nous meme qui ne voyons pas notre vernaculaire comme utile tout de suite dans la vie de nos enfants nes loin de chez nous. J’en discute un peu sur mon blog. Merci du rappel. La lutte continue!

    1. Eh oui, pour te prendre au mot, la lutte continue; car elle est perpétuelle.

      Cordialement !

  5. Pigistalement ce n’est pas aujourd’hui que tu apprends que notre culture est notre port d’attache. Peu importe là où tu vas, tu devras toujours avoir l’esprit ce qui a fait de toi ce que tu es devenu.
    Car à force de vouloir se diluer avec tout ce qui ressort de l’ailleurs, on finit inéluctablement par perdre son identité

    1. En effet, on ne le dira jamais assez, « notre culture est notre port d’attache » pour te prendre au mot.

      Bien à toi !

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