Le drame de l’émigration vers l’Europe, vu de Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, l’immigration vers l’Europe est un vrai sujet. Pour moi, les benguistes, les Ivoiriens installés en France, sont en partie responsables de ce drame.  Il y a quelques jours, je suis « tombé » sur un extrait de l’émission Cmidi, un talk-show de la Radiodiffusion télévision Ivoirienne (RTI). Parmi les deux principaux invités dans cet extrait-là, il y avait une femme et un jeune homme. Ils faisaient partie des lots des personnes ayant tenté de quitter illégalement leur pays, la Côte d’Ivoire.

Immigrer illégalement est parfois très tragique

Le thème était le suivant : « Nous faisons partie des clandestins ivoiriens rapatriés de Libye ». Ces derniers en ont vu des vertes et des pas mûres durant leur voyage, notamment en Libye ou a pris fin leur aventure. Exténués par toutes sortes de tortures, ils ont, finalement, grâce au secours d’un organisme en charge des migrants, retroussé chemin et regagné le pays. À vrai dire, chacun de leurs témoignages m’a réellement turlupiné particulièrement celui de la femme invitée, qui a finalement perdu son conjoint. C’est tragique, c’est dramatique !

Mais pourquoi diantre en arriver là ?! Pourquoi cette « folie » ou cette obsession de quitter le pays par tous les moyens ? Bien sûr, on nous parlera de chômage, de pauvreté, de misère, de la situation critique du système scolaire et universitaire… Oui, cela est une réalité.

Cependant, faut-il, pour cela, tenter l’immigration au péril de sa propre vie ? Il ne s’agit pas ici des pays en proie à des guerres et des calamités naturelles. Non, il s’agit là des pays où malgré les difficultés énoncées ci-dessus, il règne une certaine stabilité. On peut immigrer pour un objectif précis : études, travail, mission… Pas pour se « chercher » comme on le dit à Abidjan par la voie illégale.

Les responsabilités sont partagées, y compris des benguistes

On se pose de plus en plus mille et une question sur l’immigration illégale qui reste un sujet brûlant dans les quatre coins du globe. Dans une telle situation, les responsabilités sont évidemment partagées. Il y a certes les pouvoirs publics, les candidats eux-mêmes. Mais il y a aussi ceux qu’on ignore ou ceux qu’on ne voit souvent pas : les benguistes.

Ces Africains sont déjà installés légalement en Europe, dans les pays développés ou les candidats heureux de l’immigration illégale. Ils sont quelquefois coupables. Coupables d’encourager parfois leurs compatriotes à immigrer, pire, par la voie illégale comme ça été le cas pour nos deux invités. La femme et le jeune homme ont été « poussé » (avec toutes les informations utiles) par leurs proches déjà installés en Europe ou en Libye.

-« J’avais des amis au quartier, tout le monde est parti pour me laisser… Ils (ses amis installés en France, Allemagne, Italie…) m’ont dit ici, c’est bon, c’est bien, ça nous fait du bien… Tout est facile… La route est facile… » , tel est l’aveu du jeune homme.
-« Là-bas, ça va bien, tu peux venir te chercher… Tu pouvais me dire, ah petite sœur faut rester là-bas (Côte d’Ivoire), ici (Libye) là ça ne va pas, donc tu m’as blagué là moi ça ne me plaît pas… » , voici, en outre, ce que confiait la dame invitée.

Les benguistes sont coupables chaque fois que…

C’est pourquoi, je dis que les benguistes sont quelquefois coupables de ces immigrations illégales. Nous sommes coupables lorsqu’on ne dit pas toute la vérité à nos amis et nos proches sur les réalités de la vie européenne.

Même si souvent, les benguistes sont traités de « méchants » que d’être coupables d’une tragédie. En effet, lorsqu’un benguiste parle des réalités du terrain à ses amis ceux-ci répondent souvent (pour la plupart d’entre eux) « mon frère, ma sœur, il ne faut pas me décourager, toi, tu es déjà là-bas… Moi aussi, je veux venir même si c’est pour lutter ».

Nous sommes coupables chaque fois que nous publions des photos belles et « attirantes » sur les réseaux sociaux de l’Europe. Des photos prises devant tel lieu touristique ou dans tel pays européen. Je me rappelle, à ce propos ce jour, où lorsque j’ai posté une photo, un ami m’a lancé ceci en message privé : « Hum mon frère, tu me donnes envie d’aller en Europe hein ». J’ai été sur le coup surpris.

Nous sommes donc coupables lorsque pendant nos vacances au pays, nous faisons croire que la vie en Europe est facile à travers les « m’as-tu vu »… Nous sommes coupables consciemment ou inconsciemment. Dans tous les cas, nous le sommes tous ! Et il ressort de notre responsabilité.

8 commentaires Ajoutez le votre

  1. Caline Ané dit :

    Tu as raison le Pigiste. C’est ceux qui sont déjà en Europe qui favorise toute cette tragédie. Nous savons combien de fois c’est difficile en Europe.
    Si j ai un conseil à donner, c’est de bien réfléchir, bien ficeller son projet avant de venir. Savoir comment vivre ici. L Europe n est pas le paradis

    1. Merci Caline pour ta contribution, comme tu l’as si bien résumé, il faut avoir un PROJET, un OBJECTIF à atteindre.

      Bien à toi.

  2. Guy Muyembe Guy Muyembe dit :

    C’est tout de même curieux. La plupart de ceux qui partent ne sont pauvres parmi les pauvres. Puisqu’ils sont capables de payer jusqu’à 10000€ pour se payer un voyage à bord d’embarcations de fortune. Où trouvent-ils cet argent ?

    1. Eh oui curieux comme tu le dis si bien. Mais la vérité est que la famille (élargie) en Afrique « cotise » et rassemble de l’argent maximum pour aider un des leurs qui va à l’aventure. Celui ou celle ci est considéré comme l’envoyé, celui ou celle qui « sortira » de la famille de la « misère ».

    1. Eh oui…! Merci d’être passée par là Massény 🙂

  3. Ivo Dicarlo dit :

    C’est assez troublant de lire ces témoignages… Mais a vrai dire, eu égards d’absence de perspectives d’avenir (Chômage, pauvreté, misère) surtout la pression sociale (Célibataire à 35 faute d’emploi, toujours chez ces parents a un certaine age), on manque d’arguments pour dissuader ces candidats a l’immigration clandestine. On parle plus d’immigration, mais de survie. Je vous jure.

    1. C’est une remarque pertinente en effet, je l’ai signifié dans l’article d’ailleurs notamment les raisons. Toutefois, il s’agit ici d’attirer l’attention des uns et des autres sur la responsabilité ou non des gens qui ont déjà traversé l’autre côté de l’Atlantique. En clair, en disant la vérité sur les réalités, l’on saura que l’autre côté n’est forcément pas le paradis tant espéré.

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