Benguiste, quand l’embarras commence après les études

Article : Benguiste, quand l’embarras commence après les études
2 novembre 2015

Benguiste, quand l’embarras commence après les études

Que faire après les études à l’étranger, rentrer ou rester, telle est la question que se posent constamment les benguistes et étudiants africains. Fadal* et Lisette*, deux étudiants à l’université de Toulon, nous expliquent leurs différents choix.

Deux ans. C’est le temps qu’a duré les études de Lisette sur le territoire français. Lisette, titulaire d’un master II en droit, originaire du Sénégal, est rentrée définitivement dans son pays. Si cette diplômée benguiste, à l’instar de certains étudiants africains, a opté pour ce choix, ce n’est pas le cas pour beaucoup en l’occurrence Fadal.

Rester en France, pour un benguiste, est source de garantie

Après plus de cinq ans, celui-ci réside toujours en France. En quittant sa Guinée natale, Fadal le benguiste n’avait pas envisagé demeurer sur le territoire français. Mais, c’est plutôt la peur de ne pas réussir sa vie chez lui ; notamment, dans un pays en proie au chômage, au népotisme, à la corruption.

« Les gens qui rentrent, je les trouve un peu fous et super courageux de vouloir rentrer dans un pays sans avenir. J’ai du respect pour eux », affirme Fadal. « Si je dois rentrer ça sera juste pour les vacances. J’aimerais bien rester ici dans ce pays définitivement et y passé ma vie, si la France veut bien de moi (rires) », ajoute-t-il.

 Faire les études à l'étranger, le vœu de plusieurs étudiants benguistes
Faire les études à l’étranger, le vœu de plusieurs étudiants africains – futur benguistes. Source: Pixabay

Depuis qu’il a foulé le sol français, Fadal ne s’est retourné qu’une fois dans son pays d’origine. Mais cela a suffi de le convaincre à prolonger son séjour car les conditions sociales étaient toujours les mêmes. « Je pense que beaucoup rentrent pour des raisons diverses, certains parce que les parents les obligent, d’autres pour reprendre les entreprises familiales, d’autres encore parce qu’ils sont convaincus qu’ils seront bien que chez eux ; enfin d’autres parce qu’ils veulent apporter leur grain de sel à leur continent ou pays », avance –t-il.

Pour Lisette la benguiste, rentrer au pays c’est préserver sa vie familiale

Lisette notre benguiste, indéniablement, en fait partie. « J’ai décidé de rentrer définitivement dans mon pays, parce que malgré les bons moments passés en France, je ne me voyais pas faire ma vie là-bas. Bien vrai qu’ayant plus de chances d’y réussir professionnellement, pour moi ce n’est pas le plus important », nous confie-t-elle.

« Je suis très attachée à mon pays et à ma culture, et j’aurai aimé transmettre à mes enfants l’éducation que j’ai reçue. En France, cela est presque impossible. Personnellement, je suis rentrée pour fonder ma famille. Ça été dur pour moi de vivre loin de mon fiancé pendant deux (2) ans », affirme Lisette.

Quand l’embarras commence pour un benguiste après les études à l'étranger
Quand l’embarras commence pour un benguiste après les études à l’étranger – Source : Pixabay

En effet, fonder une famille au pays d’accord, mais réussir sa vie socio professionnelle en France d’abord. Voici, par contre, l’objectif que s’est fixé Fadal. Au début, c’était la désillusion ; désillusion dû au renouvellement de titres de séjour chaque année et à la cherté de la vie française. Ne bénéficiant pas de bourse d’étude, comme beaucoup, Fadal a fini par combiner études et emplois étudiants (livreur, plongeur etc.) même s’il reconnaît que ça été dur pour obtenir cet emploi.

Le master 12, vous connaissez ?

M’adressant à Fadal, je lui posai la question suivante:

–           Mais  que comptes-tu faire après tes études, concrètement ?

–           Grande question, il y a plusieurs possibilités : continuer en thèse de doctorat, chercher du travail ou rentrer au pays. Dans tous les cas, ces options présentes toutes des contraintes et un sacrifice ! Pour l’heure, je ne sais pas trop. Peut-être, je ferai un « master 12 ».

–           Un « master 12 », qu’est-ce que c’est encore, lui demandai-je?

–           (Rires), en fait, cela consiste à faire plusieurs et différents masters dans le but d’éviter une thèse pour le doctorat. Mais cela permet également d’avoir les justificatifs pour renouveler le titre de séjour ou rester toujours sur le sol français.

–           Haha, c’est trop rigolo ça ; surtout le nom « Master 12 ».

–           Eh oui très drôle parce qu’il y a des étudiants qui ont à la fois un master en génie civil, en langue et communication, art et dramatique, en environnement territorial, en musée et civilisation etc. bref dans tous les masters ( cela peut atteindre voire dépasser 12 masters) qui se présentent à eux pourvu qu’ils restent sur le territoire.  Voilà, pourquoi, on parle de « master 12 » (rires). Malheureusement, ce sort est réservé à plusieurs étudiants africains benguistes ici, me confia-t-il, cette fois avec un ton sérieux.

On le voit, rester en Europe ou rentrer au pays après les études, tout est une question de principes et aucun de ces principes n’est à négliger. C’est un choix à faire et l’objectif sera de ne pas avoir à le regretter. Bien évidemment des deux côtés, il y aura toujours des fiertés et des regrets.

NB : Les prénoms utilisés* dans cet article, ont été modifiés dans le but de respecter l’anonymat des différents interlocuteurs !

PS : Vous pouvez retrouver encore plus d’articles sur mon blog ; merci et à très vite !

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Commentaires

Intheeyesofleyopar
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Master 12 waye je suis ptdr mais également très surprise. Affaire de rester en Europe à tout prix comme si c'est la solution à tous les maux ou l'assurance d'une réussite sociale.

Benjamin Yobouet
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Eh oui ce terme est vraiment rigolo LOL mais à y regarder de plus près, il pose un pose un problème sérieux; source de dilemme pour certains étudiants africains à l'étranger particulièrement en France.