Au nom des papiers

Épouse-moi mon pote”, c’est le titre de la comédie française réalisée par Tarek Boudali, sortie le 25 octobre dernier. L’avez-vous regardée ? Non ? Alors, petit résumé pour vous. Dans ce film, Yassine, un jeune étudiant marocain, vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, et se retrouve en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami pour les papiers. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc.

Épouse-moi mon pote, expression pleine de curiosité

Si, comme moi, vous l’avez déjà vu tant mieux car c’est ce film qui a inspiré ce billet. Je suis sûr et certain que la phrase “épouse-moi mon pote” a suscité en vous un étonnement, comme beaucoup d’ailleurs. C’est normal ! Même si de l’amour à l’amitié, il n’existe qu’un seul pas, la demande en mariage d’un ami choque. La résonance “épouse-moi mon pote” attise bien une curiosité. Une curiosité qui a poussé plusieurs de mes amis à visionner sur YouTube la bande-annonce de cette comédie française.

Notre imagination pourrait nous envoyer sur plusieurs figures de demande. La première : une déclaration romantique d’une amie à son confident indécis. Ce qui est tout à fait possible ou pourquoi pas d’un ami à un ami ? Stop là ! Allez, pas la peine de s’alarmer, nous sommes au 21e siècle. N’est-ce pas ? Le siècle de l’égalité des sexes et du mariage pour tous, en France notamment. On comprend pourquoi certaines personnes (cinéphiles, critiques, associations…) se sont indignées dès la sortie de ce film en le qualifiant d’homophobe. Bon, ceci n’est pas le débat et encore moins l’objet de ce billet.

Si la formulation de notre billet laisse paraître un air joyeux, autant vous le dire, il ne l’est pas à cent pour cent. Et pourquoi ? Pour la simple raison qu’il exprime un désespoir et nous introduit dans un monde de business. Mes ami-es, serrez vos ceintures pour l’atterrissage dans le monde des sans-papiers en Europe.

Se marier pour régulariser sa situation

Dans les quatre coins du continent européen, cette phrase (épouse-moi mon pote) n’est plus un choc. En tout cas, pas dans le monde des benguistes ou des immigrés. L’obtention du titre de séjour ou de la naturalisation par le biais d’un mariage est l’une des premières solutions. On appelle cette pratique communément un “mariage blanc”. Pour la rondelette somme de 15000 euros en moyenne, vous pouvez épouser votre voisine ou votre jardinier. Bien entendu, si celui-ci ou celle-là, est partant(e) pour ce business.

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Étrangers – France . Crédit : @Larive – Source : pixabay.com

En Europe, de nombreux immigrés portent officiellement le statut d’homme ou de femme légalement mariés par des voies pas très catholiques. Ne vous y avisez pas pour leur demander. Ce sont des secrets qui ne se révèlent pas au premier venu. On est juste marié et point barre. Les mariages contractés dans un business sont passibles d’annulation. Les démarches s’opèrent donc dans le secret.

La solution selon Seck

Un soir, alors que je descendais des cours, je pris place dans un jardin à quelques mètres de la fac, l’air très pensif. Les tracasseries du titre de séjour, la recherche de stages, d’emplois, le changement de statut d’étudiant à salarié… Des soucis qui me turlupinent toujours. C’est alors que je me suis rappelé de Seck, ma voisine d’origine sénégalaise. Elle m’avoua qu’à la fin de ses études, elle avait flanqué une grossesse à un vieux français. Non par amour, mais juste pour les papiers. Elle me murmura ceci avant de s’en aller.

“Mon frère, tu es un homme, les filles blanches adorent les blacks, tu as la solution pour tes papiers entre tes jambes. Dans le cas contraire, cherche de l’argent afin de porter l’identité d’une autre personne.”

Ne soyez pas étonné. C’est aussi un autre moyen pour avoir ses papiers en règle. Porter l’identité d’un défunt. Je ne saurai vous donner plus détails là-dessus car elle ne m’a pas donné plus d’explications, d’autant plus que je ne lui ai pas demandé. Des hommes et des filles comme ma voisine, il y en avait dans chaque pays de l’Europe. Leur refrain : “situation oblige” comme ç’a été le cas de Yassine dans le film “Épouse-moi mon pote”.

Je ne sortirai pas de ce pays sans mes papiers

Rosine, la petite sœur d’un ami, me raconta que “ce business de papiers” se faisait aussi entre les africains eux-mêmes. Je restais ébahi. C’était une sorte d’entraide entre immigrés de même nationalité. Ceux ou celles qui avaient les papiers en règle signaient un contrat de mariage avec un ressortissant du même pays. Ne croyez pas que cela se fasse gratuitement. Non ! Sans argent, n’y pensez même pas. Rosine toute confiante m’avoua qu’elle préférait tomber enceinte du premier français qu’elle croiserait. Elle ne désirait pas de contrat de mariage avec un de ses compatriotes.

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Mariage mixte. Crédit : @Torbjornalander – Source : flickr.com

Selon elle, les africains non seulement étaient chers, mais en plus, ils ne respectaient pas très souvent les clauses du contrat. Elle termina son récit en me demandant pourquoi elle devrait chercher un noir pendant qu’elle se trouvait à la source : les hommes français. “Je ne sortirai pas de ce sol sans mes papiers”, a-t-elle martelé. Sa chasse aux blancs avait commencé ! Ses cibles étaient les vieux. Ils étaient les premiers à tomber sous le charme des jeunes filles africaines, croqueuses de l’or blanc. Cela fait penser également à certains couples africains qui n’hésitaient pas à faire un enfant ou plusieurs, juste pour avoir un titre de séjour. Ça donne à réfléchir. Toutes les cartes se misaient pour l’obtention des papiers. Peu importe tant qu’il garantit un bien-être.

La rencontre d’Okemba avec Aboubakar, le démarcheur

Okemba, un ressortissant congolais, me relata lui aussi des faits qu’il avait vécus en Espagne.

“Tu sais, les affaires de titre de séjour, c’est pareil partout. J’ai rencontré Aboubakar, originaire du Sénégal, et Bonan du Cameroun. Ils venaient tous les deux de mettre les pieds en Espagne, mais ils ont vite obtenu leurs titres de séjour permanent. Mais crois-moi au prix d’une coquette somme qui pouvait monter un projet dans leurs pays d’origine. »

Il fit la rencontre d’Aboubakar lorsqu’il se rendit au service de renouvellement de titre de séjour des étrangers. Aboubakar lui confia discrètement qu’il avait « une solution » pour lui. Il connaissait, en effet, un réseau qui pouvait lui faciliter le changement rapide de statut. En fait, Aboubakar avait une liste d’hommes et de femmes de nationalité espagnole qui, pour une forte somme, s’offraient en mariage pour divorcer deux ans plus tard. Toutes les catégories d’hommes ou de femmes étaient représentées. Okemba resta surpris lorsqu’Aboubakar lui annonça que son petit frère avait été marié par un espagnol. Et pourtant, le frère de ce dernier n’était pas homosexuel. C’était une formalité pour avoir les papiers. En plus, l’espagnol avait réduit la somme initiale.

Il faut être en Europe pour connaître vraiment la valeur des papiers. Okemba fit comprendre à Aboubakar qu’il était de ces personnes qui aimaient la légalité. Et l’éducation qu’il avait reçu ne lui permettait pas de faire ce genre de choses.

“Tu penses que moi Aboubakar, je n’aime pas la légalité, je suis amoral ? Le monde est ainsi”, répliqua-t-il. “Tu veux travailler ou pas? Les étapes de la légalité traînent. Tu payes, tu as les papiers, après chacun prend son chemin. Dans cette histoire de papiers, mon ami, on ne regarde pas ses croyances ni ses mœurs. Je te laisse ma carte de visite. Si tu changes d’avis, tu sais comment me joindre. Je te trouverai une épouse qui te fera un prix réduit.” Tel fut les derniers mots d’Aboubakar avant de s’en aller à son domicile.

Le cas de Bonan, victime d’imprévus…

Pendant des jours, la conversation avec Aboubakar hanta Okemba. Au fil du temps, il se demandait si Aboubakar n’avait pas raison. Entre le statut étudiant et l’obtention d’un titre de séjour permanent ou la naturalisation, la différence était grande. Les idées commençaient à se bousculer dans l’esprit d’Okemba. Cependant, la tentation de le faire se dissipa lorsqu’un matin, il croisa un attroupement de personnes. C’était Bonan, le camerounais, qui se faisait agresser par une femme espagnole. La dame lui réclamait de l’argent.

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Déception. Crédit : @C_Scott – Source : iwaria.com

Bonan avait contracté un mariage avec cette espagnole. Dans les clauses du mariage, il était prévu qu’il n’y aurait pas de sexe entre eux. En réalité, Bonan était déjà marié dans son Cameroun natal. Malheureusement, la dame tomba sous son charme et réclamait maintenant son devoir conjugal, au risque d’étaler le business à la police. Bonan devait alors à chaque fois payer de l’agent pour calmer les ardeurs de sa pseudo épouse. En effet, il courait le risque d’être rapatrié ou de faire la prison. La dame le savait. De toutes les façons, elle n’avait rien à perdre s’il allait se plaindre à la police. Elle était dans son pays. Bonan n’en pouvait plus de cette situation. Il recherche à présent un homme ou une femme pour un autre mariage (encore ?!).

A l’instar de Bonan ou de Yassine dans le film “Épouse-moi mon pote”, ce sont de milliers de mariages par an qui se célèbrent non pas par amour, mais pour les papiers. Un arrangement où les deux camps semblent gagner. Mais ce n’est toujours pas le cas, car la joie n’est généralement pas au rendez-vous.

4 commentaires Ajoutez le votre

  1. Mince! Frangin, comment vous vivez dans un tel monde? On dirait des « animaux » en manque de repères, alors que l’amour est gratuit ici en Afrique. Pas toujours besoin de papiers pour être aimé et vivre heureux. Comment en sommes-nous arrivé là ? Seigneur, faut déjà venir….hein, on a besoin de toi.

    1. Mince vraiment lol ! C’est le monde qui veut « sauver sa tête à travers les papiers ». Tu le dis « pas toujours besoin de papiers pour être aimé et vivre heureux ». Toute compte fait, c’est une question de choix et d’objectif.

      Bien à toi très cher.

  2. William dit :

    Benjamin
    Tu aurais dû recadrer Didier qui a mal compris le billet.
    Il n’est nullement question d’amour ici mais de papiers.
    Et entre nous l’amour coute meme plus cher en afrique.
    Aucune francaise ne te demandera de lui envoyer le credit quand tu lui fait la cour,et tu n’auras pas besoin de t’endetter pour payer porcs,boeufs, motos,etc composant la dot…

    Mais revenons a nos moutons ben, j’ai besoin de la filiere d’aboubakar. Il me trouve une jeune espagnole totalelement fauchée,je lui envoie un billet d’avion,elle vient se marier avec moi ici en afrique et je  »monte » tranquille en mbeng.
    Mon mail  »242zoba@gmail »

    Si les gens de mondoblog veulent te faire des remontrances tu n’as qu’a leur dire que tu n’as repondu a mon message.
    A+

    1. hahaha William tu m’as tué de rire. Si si tu as raison, il s’agit bel et bien de « papiers » et non d’amour dans ce billet.

      Merci bien pour ta contribution, et d’être passé par là.

      Bien à toi.

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