Benguiste, l’intégration passe aussi par la gastronomie

Il y a environ deux mois, un de mes amis, nouveau benguiste, me faisait cette remarque : « mon frère, ça fait plusieurs mois que je suis en France ici hein, mais je n’arrive pas à m’adapter à leur nourriture là ». Je vous assure que sa réponse m’a tout de suite fait éclater de rire. Eh oui, parce que cela m’a fait penser à mes premiers instants dans ce pays. Ah l’intégration ! Que c’est  difficile au début !

La gastronomie, voilà ce qu’il y a d’important dans la culture d’un peuple donné. Que serait le Cameroun sans son « Ndolé », hein ? Et la Côte d’Ivoire sans son « Garba » ? Et le Sénégal sans son traditionnel « Tchep bou djen » ? Un ivoirien peut-il se passer du fameux « Abolo » ou du « Gari » lorsqu’il séjourne au Togo ? Un malien pourrait-il échapper au « Lituma » ou au « Aboke » du Congo RDC lorsqu’il s’y trouve ? Assurément non !

Un benguiste doit s’adapter à la nourriture européenne

C’est la même chose lorsqu’il s’agit d’un africain benguiste qui débarque en France. On a beau adorer notre « attiéké » ou notre « gari », une chose est sûre, il faudra à un moment donné s’adapter à la gastronomie française, à la culture des autres. Surtout quand on sait que la bouffe africaine coûte très chère en Europe, particulièrement en France. Impossible donc de manger 365 jours sur 365 les plats de son pays d’origine.

Et puis, le bon sens ne voudrait-il pas qu’on s’ouvre un peu à la culture des autres ? Hein ? Quelles sont ces manières-là ? Devons-nous faire preuve d’égoïsme jusqu’à ce point ? Si l’on refuse de manger la nourriture des autres, qu’on ne se plaigne pas ensuite qu’ils ne bouffent pas aussi la nôtre !

Poissons thons frits, un accompagnement de l'attiéké prisé par les ivoiriens
Poissons thons frits, un accompagnement de l’attiéké prisé par les ivoiriens. CC : Benjamin Yobouet

Pendant mon séjour à Abidjan, l’été dernier, j’ai été à la fois surpris et heureux, lorsqu’un de mes amis français a mangé avec appétit notre « Alloco » et notre « attiéké ». C’est ce qu’on appelle le vrai partage, la découverte de l’autre, la diversité, la culture : une vraie richesse.

Pourtant, on pense souvent, à tort ou à raison, que l’intégration dans un pays se limite à l’adaptation à son système social, éducatif, économique, politique… Non, l’intégration passe aussi par la bouffe, par la gastronomie du pays dans lequel on vit.  Allez à Abidjan, vous verrez des sénégalais manier leurs mains avec dextérité pour manger le garba chaud du coin. Oui, cela est très important, surtout lorsqu’on décide d’y séjourner pendant une longue période.

De mon expérience gastronomique en tant que benguiste

C’est justement, ce que j’expliquais à mon ami, nouveau benguiste, qui avait du mal à s’adapter à la gastronomie française. Je lui ai dit :  » Cher ami, si tu es malin, commence à t’y habituer très rapidement. Ce n’est certes pas facile au début, mais tu finiras par t’y faire car il le faut ».

Puis, je commençais à lui raconter ma propre expérience à ce sujet. Il a fallu m’adapter aux repas froids, ces sandwichs glacés et souvent fades à mon goût. Et même quand l’hiver battait son plein, il fallait s’y faire. De toute façon, il n’y avait pas suffisamment de temps pour réchauffer les plats. C’est du tic au tac ici, tu le sais.

Il a fallu m’habituer au taboulé ! Ah ce met que je n’oublierais pas de sitôt. Je me rappelle que j’avais rejeté et faillir même rendre (vomir) la première fois que j’avais essayé de l’avaler à un grand déjeuner auquel j’étais convié. Le fromage ? Ah, voici un aliment qui ne manquera presque jamais à la table des français. Il y en a de tous les goûts et de toutes les saveurs.

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Le fromage camembert, très apprécié dans la gastraonomie française. CC : PDPhotos – @Pixabay

Très cher, fais toutefois attention. Crois-moi, je suis tombé pour la première fois sur un fromage qui dégageait une de ses odeurs avec un goût aigre qui m’a coupé toute suite l’appétit. J’ai fini par comprendre que c’était ça la particularité du fromage surtout du fromage fort. Parce que la vache qui rit de chez nous, n’est pas en réalité un fromage devant les français.

On finit par s’habituer et aimer les plats froids, le fromage, les pâtes…

C’est pourquoi, je t’exhorte à t’habituer au taboulé, au vrai fromage… Si ça ne passe pas toute suite, ne t’inquiète pas : ferme tes yeux, coupe ta respiration et avale d’un trait ! Aujourd’hui, tu ne me croiras pas : je suis devenu un grand mangeur de fromages forts, de taboulés aigres, de plats froids et souvent glacés…

Il faudra aussi adorer le café. Oui, le café bien serré sans sucre bien sûr. C’est l’un des chouchous des français, en tout cas moi, je l’adore maintenant. La Côte d’Ivoire, mon pays, n’est-il pas l’un des grands producteurs de café – et alors ?

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Le café, l’une des boissons chaudes les plus consommées en France. CC : fxxu – @Pixabay

N’oublie pas les pâtes alimentaires aussi, le couscous, le poulet, les frites, les burgers, les steaks, la sauce bolognaise…Tu en mangeras beaucoup et pratiquement tous les jours parce que accessibles et moins chers. Si tu aimes le vin comme moi, alors tant mieux, sache que tu seras servi.

Et puis, il y a aussi les tomates cerises et/ou fraîches que tu mangeras crues, les lasagnes, les ratatouilles, les cassoulets que tu dégusteras… pour ne citer que ceux-là. T’en fais pas, je sais que tu finiras par t’intégrer « gastronomiquement ». Allez bon courage mon cher benguiste. J’oubliais, j’attends ton compte rendu dans quelques mois.

7 commentaires Ajoutez le votre

  1. Guy Muyembe Guy Muyembe dit :

    Lol. Le jour où tu viens à Lubumbashi, faut manger Bukari. Sinon tu meurs affamé.

    1. Lol t’inquiètes pas ce serait avec plaisir de découvrir et goûter ce met typique de chez vous. Toi aussi tu n’échapperas pas à l’attieke

  2. Mawulolo mawulolo dit :

    En tout cas, j’ai pu goûter à plein de choses lors de mes multiples voyages.
    En bon ou en moins bon, l’essentiel est de ne jamais dire que l’autre ne sait pas cuisiner. Comme on dit en Afrique « c’est l’enfant qui n’est jamais sorti de chez lui qui prétend que c’est sa mère seule qui sait cuisiner »

    1. Voilà comme tu le décris si bien Roger c’est une richesse que de découvrir les spécialités des autres. Bien sûr il faut se contenter ce qu’on découvre Lol.

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