Benjamin Yobouet

Ma plume pour le #‎TBCS3E0‬

A l’initiative de « The Blog Contest Forum » pour sa 3e saison, un article sous forme de lettre de motivation a été demandé aux candidats déclarés. Faisant partie de ces derniers, je vous présente le mien, qui se résume en trois mots : curiosité, partage et expérience.

C’est un honneur et un plaisir pour moi de mettre à contribution ma plume pour le #‎TBCS3E0. Mais, avant tout, n’est-il pas juste et intéressant pour nous de faire connaissance ?

Moi ?

Qu’il me soit permis donc de me présenter brièvement à ceux qui me lisent pour la première fois. Alors, retenez ceci : Benjamin Yobouet, Ivoirien, étudiant master II Information et Communication  E -rédactionnel, résidant en France, mondoblogeur ; voilà grosso modo.

Moi, à Abidjan
Moi, à Abidjan. Crédit: Benjamin YOBOUET

Vous êtes plus curieux et curieuses que ça? Bah, pas de soucis, ne vous inquiétez pas, sur mon blog dans l’onglet « Moi ? », vous trouverez de quoi assouvir votre curiosité sur ma modeste personne.

Ma curiosité pour le #‎TBCS3E0

Cela dit, mes motivations pour le #‎TBCS3E0 se situent à trois principaux niveaux. J’ai découvert The Blog Contest Forum par le biais de mon confrère mondoblogeur Willfonkam et Leyopar par la suite.

Tous deux m’ont expliqué le mécanisme de ce forum : produire un billet chaque mois sur un thème choisi par les lecteurs, traité par plusieurs blogueurs et sur appréciation des internautes parfois exigeants (j’imagine déjà…). C’est justement cette particularité qui m’a captivité et aiguisé ma curiosité.

Partager une aventure nouvelle avec d’autres blogueurs et internautes

Certes, je fais partie de l’aventure Mondoblog depuis un an. Et rassurez-vous, elle demeure riche et belle. Mais, ce serait pour moi l’occasion de vivre une autre aventure  avec d’autres blogueurs que ceux que je connais déjà et un lectorat différent.

De plus, en tant que blogueur, nous manquons souvent de sujets à traiter, et je dirais que ce forum est le bienvenu. Si vous faites un tour sur mon blog, vous remarquerez sûrement que je concentre plus mes écrits sur les réalités des Africains en Europe (la diaspora). Cela me permettra de m’ouvrir à d’autres sujets.

Un exemple de lettre ou prise en charge signé par le garant
Ecrire et lire les autres, c’est bénéfique et un réel plaisir. Crédit libre : pixabay.com

Personnellement, j’estime que lire les autres, c’est apprendre, découvrir… Lire les publications des autres permet d’avoir une large ouverture sur le monde, surtout lorsqu’on provient tous de pays ou de continents divers. Et bien sûr, je ne vous apprends rien à ce sujet. Il est important de bénéficier et accepter de la part des autres, des internautes, les critiques objectives aussi salées soient-elles, parfois, pour s’améliorer.

Acquérir une expérience de plus à l’issue du #‎TBCS3E0

La conséquence directe, évidemment, serait d’acquérir une expérience de plus, au terme de cette saison. Sinon, à quoi servirait de participer à une telle aventure sans en tirer profit ? Ecrire des billets en tenant en compte des contraintes de temps, de thème imposé, de critiques…

Blog Contest
Le Hastag. Crédit: TheBlogContest

En résumé, le #‎TBCS3E0 consistera pour moi, à assouvir ma curiosité sur une autre manière de bloguer, en partageant une aventure nouvelle avec d’autres personnes afin d’acquérir une expérience de plus.

Alors, j’espère bien prendre part à cette nouvelle saison pour, pourquoi pas, vivre une énième aventure riche et belle bien sûr avec votre concours. Ma plume pour le #‎TBCS3E0, c’est maintenant, si vous le voulez bien. A vous le coup de sifflet… Allez go !

Benjamin YOBOUET


Benguiste, attaches-toi à ta culture malgré tout

Rincón de la Victoria, petite commune située dans le sud de l’Espagne n’échappe point à l’attraction des touristes à la recherche du soleil et de la plage. Et j’en faisais partie durant l’été dernier. Au cours de mon séjour, j’ai fait la rencontre de N’Diaye avec qui, nous avons échangé sur l’importance d’un benguiste de rester attacher à sa culture même étant en Europe.

Le passage maritime, lieu d’attraction du benguiste

Si pour les tenants de magasins espagnols, c’est l’occasion d’accroître les chiffres, c’est aussi le cas pour les vendeurs ambulants africains qui abondent les recoins de la cité en quête d’éventuels acheteurs d’objets d’art.

C’est une ambiance bien colorée et ancrée dans les habitudes depuis des lustres dans cette commune. Dès 20 heures, les lumières illuminent le passage maritime et donnent place à un concert de bruit, de cri, de défilés amoureux, d’acheteurs, de curieux, attirés par la diversité des produits proposés.

vue dans la journée sur la plage Rincon de la Victoria avec son célèbre passage maritime animé dans la nuit
Vue dans la journée sur la plage Rincon de la Victoria avec son célèbre passage maritime animé dans la nuit. Crédit: Wikipédia

Mélangé à cette foule, je fis la connaissance de N’diaye, benguiste, sénégalaise de 35 ans, mariée à un de ses compatriotes. Tous les deux sont commerçants au passage maritime de la Rincón. Au cours de notre échange, nous avions abordé plusieurs sujets mais l’un d’eux a plus attiré mon attention.

Parce qu’ils sont nés ici, mes enfants benguistes se prennent pour des Blancs

«  Mon frère, commença-t-elle,  cela fait 15 ans que je n’ai pas remis les pieds au pays. Cette année, je dois rentrer avec mes jumeaux, leur cadette ainsi que mon époux. Comme j’ai hâte d’y aller ! J’ai hâte d’y aller, certes, pour diverses raisons, mais la principale ce sont mes enfants. »

« Vois-tu, parce qu’ils sont nés ici, mes enfants se prennent pour des Blancs. Quand je leur donne certains ordres, ils me boudent en pleine figure. Ils ne savent rien du Coran puisque nous n’avons pas le temps pour le leur enseigner. Ils sont devenus des benguistes »

« Toi-même tu sais qu’ici on ne corrige pas les enfants comme en Afrique; il est interdit de les frapper. Or, l’éducation africaine recommande de châtier correctement l’enfant qui désobéit. C’est d’ailleurs cette éducation que j’ai moi-même reçue. Il en est de même pour leur père. »

le monument de la Renaissance africaine de Dakar (Sénégal) qui nous rappelle notre identité culturelle
Le monument de la Renaissance africaine de Dakar qui nous rappelle notre identité culturelle. Crédit: Wikipédia

« Ce voyage sera un grand souffle dans notre vie familiale, un moyen de leur inculquer la culture africaine. Heureusement grâce à Allah, nous leur avons appris le wolof. Ils le comprennent, mais difficile pour eux de parler régulièrement. »

Qu’en serait-il de nos futurs enfants enfants benguistes ?

Plus, elle parlait,  je prenais peur et j’ai pensé qu’en serait-il de mes enfants, de nos enfants? Moi, un benguiste, qui ai grandi en Afrique sans comprendre mon ethnie maternelle ? Vous me répondrez sûrement que cela se réglera simplement par des voyages au pays.

Mais combien de voyages devront-ils effectuer pour maîtriser une langue que leur propre père ou mère n’arrive même pas à manier ? Combien d’Africains venus « se chercher » dans l’hexagone peuvent s’offrir ce luxe d’envoyer chaque année leurs enfants au pays ? Ne seront-ils pas une génération perdue ?

On peut naître en Europe et maîtriser sa culture d’origine, le cas d’Awa

Au cours de notre échange, j’aperçus une jeune fille s’approcher de Fatou, une benguiste aussi. Elle s’appelait Awa. Cette dernière avait environ 18 ans. De famille d’origine sénégalaise Awa était née à Londres. Après s’être excusées, je laissai les deux femmes échanger dans leur langue d’origine (le wolof) avec les yeux admirateurs. Puis au bout de quelques minutes, Awa prit congé de nous. Fatou et moi continuons notre échange.

«  Tu as vu comment elle s’exprime correctement en Wolof, reprit Fatou ? Pourtant, jamais elle n’a mis les pieds au pays. Awa connaît parfaitement les prières, la tradition sénégalaise et cela grâce à ses parents. C’est cela, que je souhaite pour mes enfants. »

A qui attribuer la faute ?

A ces mots, je suis mis à réfléchir et à me questionner. À qui  pouvait-on  attribuer la faute de notre incapacité à nous exprimer dans nos langues paternelles et/ou maternelles ? Comme dans un miroir, je revis mes compatriotes benguistes désirant s’installer en Europe ou déjà installés à imiter le langage des Européens, adopter leur mode de vie. Pourtant, c’est à peine s’ils pouvaient s’exprimer dans leur propre langue.

L’européanisation à l’africaine, l’exemple de Prisca la benguiste

L’image de Prisca, la benguiste, m’apparut à cet instant précis. Un an, à peine en France, on l’aurait cru née dans ce pays, son seul refrain je « m’européanise » ou je m’intègre. N’allez pas lui demander une prononciation d’un simple « bonjour » dans sa langue maternelle.  Elle vous répondra qu’elle évite ses ressortissants pour une intégration parfaite.

Peur de rencontrer un compatriote, lorsqu’on ne maîtrise pas sa langue

Une fois rentré à la maison, j’expliquai ma conversation d’avec N’diaye, à un ami congolais. Il m’écouta, puis la tête baissée me confia ceci : «  Mon frère, j’ai peur de rencontrer un compatriote congolais en Europe. Lorsqu’il commencera à parler en lingala, je ne pourrai même pas prononcer un seul mot et c’est honteux  ».

« J’ai pris part une fois, continua-t-il,  à la réunion des jeunes de la Diaspora. C’était à Londres. Et tous mes compatriotes y compris leurs enfants s’exprimaient en lingala. Moi, j’étais là silencieux, telle une statue, la bouche totalement fermée avec « mon français « . »

Pour me taquiner, l’un d’eux me lança cette phrase : « Très cher benguiste, nous ne sommes pas ici entre français, attends, une fois sortie de la réunion. Si tu ne sais pas parler lingala, efforce-toi d’apprendre avec nous pendant que tu y es ; que de nous parler ton français. Nous tous, on a fait les bancs ».

« Depuis cette réunion, j’ai vraiment décidé de faire des efforts. Au lieu de perdre mon temps sur les réseaux sociaux à parler de choses inutiles, je profiterai de ce temps pour pratiquer ma langue maternelle. Pour qu’à la prochaine rencontre, je me sente plus intégré et fier d’être congolais ».

rester attaché à sa culture d'origine même étant benguiste
Comme cette ceinture il faut rester attaché à sa culture d’origine même étant benguiste. Crédit: pixabay

Ne jamais oublier d’où l’on vient

Je me suis dit que je n’étais pas le seul dans ce cas. Ma rencontre avec N’diaye la Sénégalaise a fouetté mon orgueil dans tous les sens. Est-il trop tard pour apprendre ? Non, je ne pense pas. J’ai décidé, à l’instar de mon ami congolais, de m’y mettre, car nous portons notre identité culturelle là où nous trouvons.

C’est bien de s’intégrer dans un pays étranger. Mais il est encore mieux de s’attacher à sa culture malgré tout. En clair, ne jamais oublier d’où l’on vient même étant benguiste. Mais à qui la faute ? Cette question continue de hanter mon esprit…

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Benguiste : ils ont tué ma foi

Si vous ouvrez votre livre d’histoire au chapitre « religion », on vous dira que le christianisme en Afrique nous vient de l’Europe. Et ce n’est pas faux ! Les premiers missionnaires avec leur Bible, ne sont-ils pas tous passés dans nos différents pays ? Mais aujourd’hui, peut-on considérer toujours l’Europe comme la mère du christianisme ? L’Afrique n’a-t-elle pas pris le dessus dans la pratique ? C’est le constat qui se dégage de l’expérience religieuse d’un benguiste africain vivant en France. Petite comparaison dans un récit !

Benguiste, je viens d’un pays où le christianisme est en plein essor

Chrétien, je viens de la Côte d’Ivoire où la foi chrétienne connait une croissance considérable. Un pays où la religion chrétienne est devenue une coutume ou une tradition. Chaque dimanche est considéré comme un jour spécial et même très spécial. Déjà, dès l’aube, dans les rues, ça grouille du monde, ça bouge dans tous les sens ! Tout le monde s’active, soit pour la messe, soit pour le culte.

Enfant, chaque dimanche, maman me réveillait tôt le matin. Elle m’apprêtait et me prenait la main : direction l’église. Il y avait le culte pour les enfants et pour les adultes. C’était des moments forts et particuliers. En Afrique, dès l’enfance, on vous inculque déjà la culture et cet amour pour la religion.

Il arrivait souvent que certains de mes amis soient réfractaires. Mais leurs parents instauraient des conditions ou des règles, lorsque la méthode de la carotte s’avérait inefficace.  Alors, soit ils n’avaient pas droit, par exemple, au petit déjeuner ; soit au repas de midi ou tout simplement, on les privait d’argent de poche. Mais, entre nous, quel enfant voudrait subir une telle punition ? Aucun !

En fait, ces parents faisaient tout cela pour encourager leurs enfants, même si après ces deniers n’avaient pas trop le choix. Et bien sûr, cela marchait efficacement. Oui, on peut dire que les missionnaires ont bien réussi leur mission en Afrique non !

En Afrique justement, la foi est présente partout dans les faits, tellement apparente dans le quotidien de chacun qu’on qualifierait nos pays laïcs de « royaume parfait du Christ ». Les églises poussent comme des champignons à chaque carrefour. C’est le cas à Abidjan, où toutes les salles de cinéma se sont finalement transformées en lieux de culte.

En dépit, de cette floraison de ces lieux, les fidèles ne manquent jamais. Les églises refusent du monde. Tant qu’il y a des veillées, des prières, qui pour avoir une âme sœur, qui pour trouver du travail, qui pour avoir du succès professionnel ou dans les affaires. Tant qu’il y a de l’ambiance, des chants, des danses, des miracles… pour attirer les enfants de Dieu, l’église ne désemplit pas.

Regard d'un benguiste sur la foi chrétienne en France
Regard d’un benguiste sur la foi chrétienne en France. Source: pixabay

On le voit, dans nos pays africains, la foi est vivante. Elle germe exponentiellement au fond de l’être comme un fleuve sempiternel fait pour blanchir les mares. Et ce décor plaisant m’a donné l’envie de découvrir davantage une foi plus fervente et nourrissante en me dirigeant vers l’Europe : la source même de la religion chrétienne. Me suis-je trompé ?

Regard mitigé d’un benguiste sur la foi chrétienne en Europe

Je me suis donc envolé dans la France catholique. Ce beau pays, de plus de 60 millions d’âmes. Ce pays où  la majorité de la population a adopté le  christianisme comme religion de base.

En venant ici, j’étais , en tant que benguiste,  persuadé et même convaincu que ma foi serait encore plus intense qu’au pays puisque, étant présent sur la terre du christianisme. J’avais donc la ferme conviction d’avoir fait le bon choix de fréquenter très rapidement une paroisse. Seulement voilà, le décor m’a paru plus obscur qu’insaisissable. Grande fut ma surprise de découvrir de belles et grandes églises, mais sans de fidèles à l’intérieur. A vrai dire, on pouvait compter facilement les paroissiens du bout des doigts.

Non seulement la communauté paroissiale était petite, mais elle était majoritairement composée de personnes âgées. J’ai finalement réalisé au bout de quelques semaines que nous n’étions qu’une poignée de jeunes, dont environ cinq africains benguistes parmi tous ces paroissiens.

En effet, la foi existe ici que chez les vieillards, ces êtres sans force qui cherchent à se rapprocher de Dieu pendant les derniers soupirs de leur existence. Quant aux jeunes, n’en parlez pas. Pour eux, la foi chrétienne n’est pas une priorité. D’ailleurs, il n’est toujours pas tard de se rapprocher de Dieu non ? Ne faut-il pas plutôt profiter au maximum de la vie et ses « jouissances » ?  Le reste, on y remédiera, lorsqu’on sera à la porte de la vieillesse.

Un dimanche d’été, j’ai rencontré un ami français de la fac, lorsqu’il m’a demandé où je partais, je lui ai expliqué que je me rendais à l’église. Il m’a regardé avec de gros yeux et d’un air hagard. Il m’a fait savoir qu’il se rendait à la plage pour profiter du bon temps avant d’ajouter avec un brin d’humour : « Bah, passe un bonjour au Seigneur de ma part ».

Parlant de plage, au sud de l’Espagne particulièrement dans la commune de Rincon de la victoria, le dimanche est jour de plage. Un de mes amis m’a expliqué, lors de mes récentes vacances espagnoles, que le curé avait même fixé l’heure de la messe à 11 h afin de gagner plus de fidèles paroissiens.

Malgré cela, plusieurs préféraient savourer des instants de bonheur au bord de l’eau. Ceux qui faisaient un effort venaient à la messe avec leurs équipements ou accessoires de plage, souvent en débardeur ou en short. Dès que la messe finissait, ils se dirigeaient tous  vers les plages.

Allez donc comprendre l’ambiance des messes et la tiédeur dans les différentes activités de l’église ici. Les messes sont parfois monotones avec des chants classiques, grégoriens… De plus, la plupart des prières se font uniquement en latin. Pas de chants africains ou d’ambiance. Non !

La seule fois, où j’ai essayé d’esquisser quelque pas lors d’un baptême, toute l’assemblée a posé les yeux sur moi. Mon ami qui était près de moi m’a soufflé ceci  : « Oh mon frère, tout le monde te regarde, arrête tes danses là ». En clair, les paroissiens étaient tous étonnés.

Mais où est passé ce continent, apôtre du christianisme ? Où est passée l’Europe, cette mère du christianisme en Afrique ?  Où est passée cette mère, qui à travers ses nombreux missionnaires, nous a enseigné l’Evangile ? Plus d’un siècle après, l’Europe semble avoir perdu sa casquette de mère de la foi chrétienne. L’Afrique qui a été l’élève désormais lui dame totalement le pion.

La croix du Christ, le fondement du christianisme
La croix du Christ, le fondement du christianisme. Source : Pixabay

Mon frère benguiste, ils ont tué ma foi

Malheureusement, ce tableau de l’état de la vie chrétienne en Europe tend à décourager de plus en plus les fidèles, les benguistes ou africains, autrefois fervents dans leur pays.  C’est le cas de mon ami Riman. Un dimanche, à la sortie d’une messe, mon ami m’a lancé cette phrase : « Mon frère, ils ont tué ma foi » !

J’avoue avoir été choqué par cette phrase aussi petite soit-elle. En vérité, mon ami benguiste n’avait pas tort. Lorsqu’on a apprit, dans son pays d’origine, à vivre une vie religieuse plus intense et qu’après, on se retrouve nez à nez devant une telle réalité, on ne peut qu’être déçu ! Les pèlerinages, les réunions, bref les activités dynamiques entre jeunes au pays ne sont plus qu’un vieux souvenir à présent.

Mais je dis à mon ami benguiste et à d’autres qui se retrouvent dans cette situation ceci : « gardez la foi, car la vraie foi résiste à toutes sortes de vagues. Elle est présente partout dans les cœurs pour toujours et pour les siècles et des siècles, amen ! La foi est vivante, éternelle et ne meurt jamais. Cher tous, soyons rassurés, rien ni personne ne tuera notre foi.

 


Benguiste: derrière l’eau, mon illusion

La traversée de l’Atlantique mon rêve, mon espérance, mon illusion.

Ô grandes sont les douleurs qui m’accablent, lorsque les portes légales pour cette traversée se referment sur mes pas sans motif valable.

Ma haine grandit quand la corruption s’emmêle pour l’obtention du tampon de la traversée.

A qui crier ma colère ? Dans un monde détenu par Dieu Argent et Dame relation !

Moi benguiste pourquoi pas ?

Ma seule issue, la traversée maritime peu importe qu’elle soit dans l’illégalité.

Mon illusion prend force dans les clichés de mes compatriotes benguistes, vainqueurs de la traversée affichant leur réussite sur les réseaux sociaux, ou dans les rues des villes africaines lors de leurs séjours en héros.

Périrai- je comme la majorité des migrants sur les bords ?

J’ai pas le temps d’y penser. Ne dit-on pas que la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie aussi ?

Je me nourris des pensées positives des vainqueurs, des benguistes.

A qui la faute si malheur m’arrive ? Politiciens, ambassades, chômages, désespoir, benguiste?

Je n’ai pas le temps d’y penser ; sortir ma famille de la pauvreté m’anime

Derrière l'eau, mon illusion pourquoi pas moi futur benguiste

Partir en Europe, peu importe, le moyen ?

Oui rien ne m’arrêtera devant ma rage de réussir cette traversée maritime

Peu importe si mon corps flotte sur les eaux salées où l’on compte des défunts rejetés par les vagues si froides aux abords des côtes de Lampedusa ou Tarifa

Ma couronne sera mon essai, mon envie de sortir de cette misère

Certains en ont réussir alors pourquoi pas moi ?

Quand vous trouverez une stratégie pour arrêter mon enthousiasme. Je perdrai cette illusion

L’Allemagne a fait un grand pas ; à qui le tour ?

Moi, benguiste pourquoi pas?

Derrière l’eau mon illusion, mon espérance.

 


Benguiste, et pourtant s’ils savaient

C’est une joie pour tout benguiste et africain en général d’enjamber l’océan atlantique. De fouler le sol européen tant prisé par les médias. Un sol présenté comme la terre promise pour l’étudiant qui part poursuivre ses études ou du gain facile pour l’aventurier.

Des images fausses, pour la plupart du temps, lorsqu’on y débarque et que l’on  finit par découvrir soi-même. Une autre réalité ! Elle commence par le changement de climat, de mentalité, de culture et très souvent de langues.

Cher (e) futur (e) benguiste, l’Europe n’est ni pas un paradis

Après le temps pour s’adapter, il faut lutter pour gagner sa vie qu’on soit là pour l’aventure ou pour les études. Vigile, livreur, plongeur, vendeurs ambulants,  jusqu’au nounou … aucun métier n’est épargné.

Des métiers pourtant difficiles à acquérir et qui demandent des heures de travail pour une rémunération, qui parfois ne permet pas de joindre les deux bouts. La vie en Europe est chère pour un benguiste comparée à celle en Afrique.

benguiste, et pourtant s'ils savaient
Partir à l’aventure constitue souvent un espoir pour les siens. Crédit Photo: flickr.com

Malgré tout cela, les parents, amis et connaissances au pays ont une longue liste de projets. Ils attentent les moyens financiers d’un benguiste, depuis l’Europe. Chaque appel venant de l’Afrique donne des vertiges  au benguiste ou  la peur au ventre avant même de décrocher.

Même s’ils appellent pour prendre des nouvelles du benguiste en question, la fin se terminera toujours en  commandes pour le jour du retour. Un retour qui efface la joie de revenir après de longues années pour faire place à la peur de ne pas pourvoir satisfaire toute le monde.

Un monde qui oubli que les compagnies comme « dhl », « fedex » ou parfois la poste sont implantées en Afrique pour envoyer tout comme recevoir également les colis. Et non des compagnies installées uniquement en Europe pour des envois sans retour.

Comment peut-on accompagner une personne à l’aéroport , il y a à peine deux semaines . Quand celle-ci est partie pour des études, l’on  lui demande une tablette de dernière génération  ?

Des expériences vécues et racontées par des amis benguistes  

Hier, assis sur un rocher, la main sur la joue, je regardais tristement Fatou. C’est une jeune sénégalaise benguiste,  vendeuse d’objets d’art vivant depuis trente ans en Europe. Elle me demanda pourquoi j’avais l’air si triste.

Je commençai à lui expliquer que j’avais expédié 50 euros à une connaissance et après retrait même pas un merci. Après quoi, j’ai appris plus tard que cette connaissance est allée dilapider cet argent dans un bar en une soirée!?

Fatou se mit à rire et me dit : si je t’explique mes soucis aussi, tu risques de pleurer car mon histoire est pire que la tienne donc vaut mieux subir sans prise de têteJe pars très bientôt au Sénégal après cinq ans d’absence; mais depuis plus d’un an, je prépare mon voyage. Je compte envoyer très peu de vêtements pour moi ; car la majorité de mes affaires seront à la solde de ma famille.

Et pourtant s'ils savaient.
Et pourtant s’ils savaient… Source : Pixabay

Un ami étudiant du Congo , quant à lui, décida de me conter une anecdote. Il me disait en substance : «  Mon cher, mes amis au pays sont plus que des calculatrices, il suffit de leur demander combien font telle ou telle somme d’euro en Fcfa automatiquement ils te le diront ».  Avant d’ajouter : «  Moi ma mère m’appelle cinq mois avant les fêtes de fin d’années pour me prévenir : son argent d’habits et poulets. ». Ah mon Dieu !

Quand la faute revient aux benguistes eux-mêmes

A qui la faute ? En vérité en vérité, la réalité revient souvent à certains benguistes. Quand on sait que certains avec les réseaux sociaux propagent une image de facilité de la vie en Europe via des photos, des vidéos etc. dans tels lieux ou tels monuments. Cela donne assurément des idées, une image trompeuse surtout que ces derniers viennent à peine de quitter l’Afrique.

Je disais un jour à un ami benguiste au cours de mes vacances chez lui en Espagne, que ce sont les africains eux-mêmes qui font qu’on leur demande telles ou telles choses. Avez-vous déjà vu une fois, une personne demander de l’argent à une autre qui n’a en a pas ? Jamais ! On demande toujours de l’argent à celui qui a les moyens. Que certains benguistes ne viennent pas se plaindre après leur « m’a tu vu » par ci ; par-là.

Peu importe l’endroit d’où vous venez, du pays, du continent : Côte d’Ivoire, Sénégal, Congo, Maroc, Brésil etc.,  la mentalité de certains de nos frères et sœurs envers leurs compatriotes  en Europe resta toujours la même : celle de la réussite coûte que coûte. Quel que soit ce que vous leur raconterez, ils ne vous croiront pas cher benguiste.

Saint Thomas, l’apôtre du Christ n’a t-il pas lui aussi douté et été incrédule avant de voir en son temps ?  » Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » Cf Jean 20:25.

Pour le paraphraser, on pourrait dire ceci: « Si je ne monte pas dans un avion; si je ne foule pas le sol d’ un pays européen ou américian, si je ne vis pas toutes ces réalités de l’Europe ou de l’Amérique. Non je ne crois pas « !