Voici pourquoi il ne faut plus faire de cadeau au pays

Article : Voici pourquoi il ne faut plus faire de cadeau au pays
17 juin 2019

Voici pourquoi il ne faut plus faire de cadeau au pays

Nous avons tous des expériences qui nous marquent benguiste ou pas. Un voyage, un mariage, une promotion, un cadeau…pour ne citer que ceux-là. Certaines expériences modifient nos habitudes. Et parfois, la société nous tague d’avoir des attitudes contraire à notre nature. Ne dit-on pas dans le jargon ivoirien « comportement de mouton, réaction de berger »?

Je me souviens encore d’une célèbre citation de l’un de mes professeurs de français. Il disait : « les conseils ne conseillent pas mais c’est plutôt les conséquences qui conseillent le mieux. » J’avoue que je n’avais rien compris à ses dires, à l’époque. Avec le temps, je saisi le sens véritable de cette citation. Je tenais, par cette introduction, à parler d’une situation qui est propre à nous africains.

Un cadeau pour tout le monde ? Impossible !

« Tu m’as envoyé quoi ? Et mon cadeau ? » Je suis sûr que la plupart des Africains qui ont séjournés en dehors de leur pays ont plusieurs fois fait face à ces questions. C’est surtout lorsqu’il s’agit d’un benguiste qui franchit le seuil de l’aéroport de son pays d’origine.

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J’ai encore en mémoire mes premières vacances au pays après plusieurs années d’absence. J’avais tellement rêvé de ce retour en terre natale. J’avais juste dans ma seconde valise quelques cadeaux pour ma famille et des amis proches. Je n’avais pas à l’idée de satisfaire toute une population. D’ailleurs, si je suis arrivé en France, c’était dans le cadre de mes études. Je n’avais donc pas de moyen financier suffisant. Un étudiant africain en France n’est pas forcément différent de celui resté au pays.

Offrir un cadeau, chacun son tour

Après l’accueil chaleureux à l’aéroport, je regagnai le domicile familial, tout heureux de retrouver les siens. J’étais chez moi enfin. Quelle joie ! Chaque membre de ma famille, les amis et les connaissances réclamaient un cadeau. Je les comprenais, c’était logique. J’en avais moi aussi réclamé, à l’époque, à certains oncles et tantes qui revenaient de l’Europe. C’était mon tour !

Il fallait satisfaire même des visages qui m’étaient inconnus. La première semaine fut une semaine avec le même refrain : « Tonton tu m’as envoyé quoi ? Le benguiste, et mon cadeau ? » C’était des refrains qui faisaient partie des mœurs africaines, vous me le direz certainement. Oui, mais parfois les réclamations de cadeaux fusaient de partout. Ces réclamations me mettaient vraiment mal à l’aise surtout lorsque j’étais incapable de satisfaire les personnes en face de moi.

Des remerciements lapidaires à couper l’appétit

J’ai dû de temps à temps filer quelques billets de francs CFA à certains pour éviter la gêne. Des billets que j’avais prévus pour d’autres besoins. Là encore n’était pas le plus dur. Le plus frustrant était de remettre des cadeaux un peu plus coûteux et d’avoir en retour un remerciement lapidaire à couper l’appétit.

Cela vous parait incroyable ? Et pourtant, c’est une réalité ! J’en ai payé les frais. J’avais remis avec beaucoup d’émotion une belle montre à une amie. Cette dernière m’a regardé du haut vers le bas en me lançant et je cite : « Dans tout Paris là, c’est une montre pareille que tu m’offres ? » Surpris de sa réaction, je lui demandai si la montre avait un défaut car j’avais pris le soin de choisir sa couleur préférée.

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Mon amie me fit savoir que cette montre n’était plus à la mode à Abidjan. Elle commença à me citer les montres en vogue avant de ranger peu enthousiaste la montre que je lui ai offerte dans son porte-monnaie. Je n’étais pas à la fin de mes surprises. Mon cousin, quant à lui, après avoir reçu de ma part une paire de baskets me demanda le prix. Je refusai de le lui dire. Je ne trouvais pas important en effet de dévoiler le montant d’un cadeau. J’ai finis par succomber à son interrogatoire, « 100 euros » lui dis-je. Il hurla : « 100 euros !!! »

C’était incroyable pour lui d’acheter ces baskets à plus de 65 milles francs CFA. J’étais pour lui un « gaou ». Mon cousin passa tout son temps à se moquer de moi. Selon lui, je devrais retourner dans le magasin à Paris pour réclamer ma monnaie. La chaussure en question valait vingt milles dans un magasin Abidjanais, m’a-t-il fait savoir. Était-ce la même qualité ou la même marque ? Mon cousin n’a pas cherché à savoir.

Des cadeaux qui coûtent la peau des fesses

Voici des situations qui peuvent fait rire mais retirer finalement toute envie d’offrir un cadeau dans son pays d’origine. J’avais finis par m’habituer aux plaintes. Tantôt, c’était des réclamations d’un téléphone mobile dernière génération à la place d’une chaine de chez Histoires d’or que j’avais offerte ou encore l’argent que certains réclamaient en lieu et place d’une chemise. Et dire que tous ces cadeaux m’avaient couté la peau des fesses. J’arborais néanmoins mon plus grand sourire. J’étais satisfait que ma génitrice fût heureuse de ma présence. C’était son plus grand cadeau !

Malheureusement, mon entourage ne considérait pas ma présence comme un cadeau. Je devais me déplacer pour voir certains amis en bravant embouteillages et chaleur. Je sortais de ces rencontres avec le même refrain sur les cadeaux. Parfois, je me demandais si pendant ces années d’absences certains avaient eu à m’offrir des cadeaux ? Est-ce une obligation de retourner au pays les bras chargés de présents ?

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Hier, j’étais dans le 19e à Paris en compagnie d’un ami africain : Nigel. Je profitai pour échanger avec lui avant de rejoindre une de mes tantes qui effectuait un voyage pour Abidjan. Dans nos échanges, Nigel m’avoua qu’il avait envie de retourner au pays. Il enviait ma tante. Il rejetait son premier départ vers son pays d’origine juste pour éviter les refrains sur les cadeaux. Eh oui, le premier retour donne des crampes au ventre ! Pour Nigel, retourner au pays sans les bras chargés de cadeaux serait une honte. Il ne se sentait pas encore prêt pour ce premier envol sans cadeaux.

« Si je ne réalise rien au pays, demain ce seront encore les mêmes qui parleront dans mon dos »

Je le laissai pour rejoindre ma tante. Elle avait au total quatre grosses valises pour son voyage à Abidjan. Parmi celles-ci, seule une lui appartenait. Le reste, c’était juste des cadeaux. Devant mon étonnement, elle me répondit :

« On va faire comment mon fils ? Tu connais l’Afrique non ? Pourtant, si je ne réalise rien au pays, demain ce seront encore les mêmes qui parleront mal dans mon dos ou m’indexeront ». « Nos parents, amis et connaissances oublient souvent que ces petits cadeaux qu’ils négligent sans un véritable merci font partie de nos économies qui peuvent servir à une réalisation au pays. »

« L’autre fois, lors de mon retour de voyage du pays, j’ai remis juste un porte-clés éléphant à notre boulangère du bas, Marine-le Bœuf. Elle s’est jetée sur moi, folle d’émotion. Elle trouvait ce cadeau magnifique et le fait que j’ai pensé à elle pendant mon séjour. C’est le geste qui compte peu importe l’objet ou le montant. Le résultat aurait été pareil si j’offrais un porte-clés parisien à une connaissance de mon pays ? Je ne pense pas ! Dans tous les cas, la question reste posée. »

Voici pourquoi, j’ai décidé de ne plus me prendre la tête pour les cadeaux lors de mes séjours au pays. Mieux, j’ai décidé de ne plus faire de cadeau au pays. Jusqu’à preuve du contraire le jour de mon départ du pays, personne ne m’a offert un cadeau, même pas une boule d’attiéké ou des cubes d’assaisonnements. Personne ! J’ai dû sortir de l’argent moi-même pour avoir des souvenirs. Plus tu offres les cadeaux, plus tu apparais comme un richard aux yeux des autres au pays. Certains oublient que c’est juste pour faire plaisir au prix parfois de sacrifices.  Comme le disait si bien mon professeur de français, ce sont les conséquences qui conseillent le mieux. À bon entendeur, salut !

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Commentaires

Fotso Fonkam
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Ton article décrit les réalités que les mbenguistes vivent chez nous (mais ça m'a bien fait rigoler). Je pense que les gens au pays ont tellement d'attentes que jamais tu ne paviendras à les satisfaire. Même si tu offres une voiture à quelqu'un, il préfèrera toujours une autre marque/couleur etc. La meilleure solution c'est vraiment de ne plus se casser la tête à acheter des trucs aux gens.

Éléonore
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La dure vie des "benguistes". En Afrique, dès que tu prends l'avion )peu importe la destination et comment tu as eu le billet), tu es riche et tu dois ramener des cadeaux à tous ceux qui savent que tu as voyagé. Mieux, on ne fait pas de cadeaux et on s'embrouille avec tout le monde. De toutes les façons, ils sont jamais satisfaits de ces cadeaux.

Benjamin Yobouet
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Merci Fotso pour ton commentaire. Effectivement, on ne finira jamais de satisfaire nos proches au pays. L’homme étant lui-même insatiable . Donc, pour couper court, plus de cadeaux. En fait, le vrai cadeau ce sera moi-même : ma présence . À très vite mon très cher !

Benjamin Yobouet
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Effectivement Eléonore. Tu as tout dit et bien résumé. De toute façon, on ne peut satisfaire tout le monde. Faudra qu’ils le comprennent aussi un jour. Il n’y a rien de mal

Amanda
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Bonjour,
Super résumé de ce que les gens de Bengue vivent. Je l'ai vu d'abord à travers mes parents et cela m'a toujours énervée de les voir se faire "dépouiller" pendant les vacances. En grandissant, je me suis imposée des règles car tu te rends compte qu'ils s'en foutent de toi (la majorité), ils veulent juste profiter de toi. Je donne parfois des cadeaux mais toujours pour 3-4 personnes max et souvent j'envoie bcp de biscuits/bonbons/cahiers/stylos aux enfants de ma ville. Je ne donne jamais d'argent. Je ne cherche jamais à me justifier quand certains demandent leur cadeau, je dis que j'ai pas ramené. Je ne parle jamais de ma situation pro, je dis que je me débrouille. Je m'en fiche de ne pas paraître riche auprès d'eux, ce que bcp de vacanciers font et ils le payent après. Bref il y a tellement à dire...

Benjamin Yobouet
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Telle est la réalité que nous devons faire face continuellement. Merci Amanda pour ta contribution.

Bien à toi,

À très bientôt pour un nouveau billet et pourquoi pas une nouvelle contribution ?